Je tourne les pages du calendrier. C'est une de mes habitudes depuis maintenant plus de 2 ans.. Je dessine dans chaque case correspondant à chaque jour, ce que j'ai fait, ce qu'on a dit, des petites annecdotes, des états d'âmes, voir juste ce que j'ai à faire, ce qui est prévu.. Je complète, dès que j'y pense. Et lorsque je le feuillette, des pans de vie entiers me reviennent en plein dans les mirettes. On dirait que j'y plonge. C'est assez perturbant. Je le sais, j'ai un drôle de rapport au temps.. C'est pas pour rien que j'suis toujours à la bourre. Il me trompe, ce salaud. Retardataire chronique par sa faute. Le matin a 7 heures, quand j'me dis "encore 2 minutes", elles durent jusque 8 heures. Lui et moi, on n'est pas copains. C'est surtout qu'on ne se comprend pas. Il passe d'une drôle de manière, trop vite lorsque c'est bien, trop lentement lorsqu'on est mal. Mais quelle heure est il, à la fin ? Est ce une minute, ou une heure ? Certains se vantent de le gérer, mais à mon avis, ils passent à côté. Moi j'le poursuis sans cesse, j'le frôle, j'le connais peut être encore mieux qu'eux, à force d'y penser sans cesse. En retard, en retard.. J'l'aperçois qui file mieux que quiconque. Le temps, il me manque autant que ce qu'il emporte avec lui, il me manque autant que ceux qu'il m'empêche de voir, courant trop vite. J'fais plein de projets pour quand je pourrais, et je me mets souvent à rêver au moment où je l'aurais. Mais quand il ralentit, m'attends, mais quand j'ai enfin le temps, je ne peux rien y faire, j'le gaspille. Seule, à tourner en rond, à faire des choses inutiles, à trainer, à ne pas avancer. A stagner lamentablement sur ce que je suis. Et ça me désespère. De toutes façons, le temps, il me stresse. Bien rangé dans son cadran, lui aussi tourne en rond. Il m'énerve. Mais j'suis pas la seule.. Tout le monde est stressé, tout le monde manque de temps, tout le monde essaye d'en profiter. Les hommes rêvant d'éternité, ne rêvent ils pas simplement à avoir le temps, plus qu'à échapper à la mort ? Mais il est bien le seul à être immortel, le temps. Lui, il peut passer à sa guise, il s'en fout, il a bien plus d'une vie et en gère des milliards dans ses filets. Peut être faudrait il que j'oublie qu'il s'écoule, m'enfermer dans une bulle temporelle, sans tic tac d'horloge, sans réveils, sans fatigue, sans lumière qui baisse à travers la fenêtre, et sans rien d'important a faire, à part ce que j'ai envie.. Peut être faut il prendre le temps, comme il vient. Peut être faut il le modifier à sa manière, loin des aiguilles qui bougent, peut être faut il l'apprivoiser, trouver l'astuce pour le savourer. Peut être faut il le choyer pour ne jamais le perdre, son temps à soi. Au fond, j'aime bien le regarder couler, j'aime me dire que pour l'instant, il ne s'arrête pas, et que c'est tant mieux. Le temps, j'aime bien quand il est inscrit quelque part, dans des bouts d'grimoires, dans des gribouillis, des textes, des dates, et des cases de calendrier. J'aime son flot incessant, et puis même, j'aime le fait qu'il s'en foute de nos vies. Ptet que j'aime son côté moqueur. La solution, serait de devenir l'acolyte du temps...
.. Tu m'prends en stage, dis ?